La chute semblant s'accélérer cette année découle en grande partie de la tendance depuis maintenant plusieurs années à ne plus s'équiper systématiquement en calculatrice graphique au lycée.
Jusqu'au Baccalauréat 2020, une très grande partie des candidats et candidates de série générale et technologiques avaient une épreuve terminale de Mathématiques, organisée sous le cadre national du mode examen et systématiquement avec calculatrice autorisée. Cela concernait :
- les 8 séries technologiques (ST2S, STD2A, STI2D, STL, STMG, STHR, S2TMD, STAV)
- 2 des 3 séries générale (S, ES)
- et même une partie de la série générale L, les candidat(e)s ayant choisi l'option Mathématiques passant une épreuve avec le même sujet que la série ES
- 5 des 8 séries technologiques (ST2S, STI2D, STL, STMG, STHR)
- une partie de la série technologique STAV, les candidats et candidates ayant choisi la spécialité Agroéquipement étant concernés
- et les seul(e)s candidat(e)s de série générale ayant choisir à partir de la Première l'enseignement de spécialité Mathématiques et l'ayant en prime conservé pour la Terminale (l'abandon d'une des 3 spécialités choisies en Première étant obligatoire pour la Terminale)
Et pour te donner une idée, si 64,11% des élèves de Première générale ont suivi l'enseignement de spécialité Mathématiques en 2021-2022, ils ne sont ensuite plus que 39,57% une fois passés en Terminale en 2022-2023.
Nous nous prenions donc à rêver sinon d'un renversement radical de la tendance à ne plus s'équiper en calculatrice au lycée, au moins d'une inflexion.
Le Conseil supérieur des programmes réuni en séance du 6 mars 2025 vient de valider un projet de maquette pour la future épreuve anticipée de Mathématiques, épreuve de 2 heures qui se déroulera sans calculatrice !
À première vue, cela semble sortir de nulle part :
- en Troisième, épreuve de Mathématiques pour le Brevet avec calculatrice
- en Première, épreuve de Mathématiques pour le BAC sans calculatrice
- en Terminale, épreuve de spécialité Mathématiques avec calculatrice
Mais il y a une raison. L'épreuve est divisée en 2 parties :
- une première partie sur 8 points évaluant des automatismes, commune à l'ensemble des candidat(e)s
- une deuxième partie sur 12 points avec 2 à 3 exercices et différant en fonction du cursus (série Technologique, série Générale sans spécialité Mathématiques, série Générale avec spécialité Mathématique)
À la différence que ces sujets organisaient l'épreuve en deux phases : sans calculatrice pour la première partie sur les automatismes, avec calculatrice pour les exercices à résoudre de la deuxième partie.
Mais donc comme tu vois, le problème pour la calculatrice, c'est la première partie sur les automatismes. Les sujets que nous venons de lier montrent exactement en quoi cela consiste : une série de petites questions courtes et indépendantes, dont il faut donner la réponse sans justification. Ce n'est pas systématique, mais ces questions peuvent adopter un format QCM. Et comme aucune justification n'est attendue, l'on souhaite donc éviter que les candidat(e)s se contentent de recopier bêtement le résultat fourni par la calculatrice.
Peut-être étions-nous attendus sur la défense du recours à l'outil calculatrice, et bien non. Nous avons accompagné et aidé bénévolement des millions de lycéens et lycéennes sur plus d'une décennie sans jamais rien demander en retour, on a visiblement décidé sans nous consulter ni même prévenir en avance de se passer de nous, tant pis.
Nous sommes surtout effrayés par la nouvelle organisation de l'enseignement secondaire français des Mathématiques. En effet cela veut dire en 3 points :
- qu'au Collège de la Sixième à la Troisième on prépare une épreuve de Mathématiques avec calculatrice pour le Brevet (calculatrice scientifique dans la plupart des cas)
- qu'ensuite à l'arrivée au lycée en Seconde et Première, machine arrière toute, il faut se dépêcher maintenant de préparer à fond pour la Première une épreuve de Mathématiques sans calculatrice comme jamais vue auparavant
- et qu'enfin en Terminale dans le peu de temps qui reste pour l'épreuve de spécialité avec calculatrice, il faudra préparer d'autant plus fort pour la maîtrise des différentes manipulations sur calculatrice graphique qui n'en auront été qu'encore moins couvertes les années précédentes
Quand on connaît l'apprentissage désastreux du calcul au primaire et au Collège en France, avec nombre d'élèves qui même arrivés en Terminale continuent à faire des erreurs (fractions, confusion puissance/multiplication, erreurs de priorités sur les quatre opérations, le tout démontrant que ces écritures mathématiques n'ont aucun sens pour eux), et ce peu importe le nombre de fois où l'on a tenté de leur réexpliquer différemment ce qui n'a visiblement pas été acquis correctement au primaire et au Collège, nous ne comprenons pas le sens de cette épreuve de Première sans calculatrice sur des automatismes, qui impliqueront donc du calcul sur papier ou mental, sans la béquille que constituait la calculatrice.
Accessoirement, rappelons que sans la possibilité de produire une justification, toute erreur conduisant à un résultat faux conduit à la note zéro. Nous ne voyons pas l'intérêt à noter en binaire, sauf à avoir pour projet un jour de confier une partie de la correction à des machines. Il faudra remonter bien des notes…
Ne douchons pas les espoirs de ceux qui pensent que sans calculatrice les élèves vont soudainement redevenir capables de comprendre le calcul numérique et littéral. Admettons que la calculatrice fasse partie du problème.
Dans ce cas attendre la Seconde-Première pour de la remédiation tentant d'amener à faire les choses mentalement ou sur papier à l'ancienne, c'est beaucoup trop tard. Un peu de cohérence, dans ce cas on commence dès la Sixième (et même avant), avec évaluation des automatismes également au Brevet, autrement plus pertinente dans le cadre de l'acquisition (et non remédiation) des différentes règles du calcul numérique et littéral.
Rappelons que l'interdiction de la calculatrice concerne l'intégralité de l'épreuve dont on a apparemment voulu faire l'économie d'un découpage en deux phases, pas juste la partie sur les automatismes avec les questions courtes, mais également l'ensemble des exercices à résoudre y faisant suite.
Soit on commence dès le Collège et même avant à évaluer les automatismes sans calculatrice, avec une partie en ce sens à l'épreuve du Brevet, dans l'optique de poser les bases solides qui serviront plus tard aux élèves pour résoudre des problèmes. Et dans ce cas on va alors progressivement au fur et à mesure des acquisitions de compétences, sans retour en arrière comme ici, vers une utilisation plus libre et autonome de la calculatrice.
Soit on se choisit une doctrine et on s'y tient : avec ou sans calculatrice, tout le long de la scolarité. Ici sur les 3 années de lycée, sans augmentation des heures de Mathématiques, il faudra désormais préparer les élèves à la fois à une épreuve sans calculatrice et à une épreuve avec calculatrice. À vouloir trop en faire de façon totalement désordonnée et à volume horaire constant, il ne faudra pas s'attendre à ce que ce soit fait de façon plus efficace.
Source : https://pedagogie.ac-toulouse.fr/mathem ... e-premiere